Un premier tour dans la ville de 4 kilomètres et on prendra ensuite notre voie royale, notre circuit de 19 kilomètres que l’on doit faire 5 fois.
Les premiers kilo se passent bien, je rejoins ma fille au 7ème, on est un petit groupe de 5 coureurs, avec Olivier, on plaisante, on déconne, on interpelle les spectateurs,… tout se passe bien.
En plus, les nuages s’éloignent petits à petits et laissent la place à un ciel clair. Cela aura son importance. Il ne va pleuvoir de la nuit, on aura juste un peu de vent… Première bonne nouvelle non ?
Le 20ème kilo arrive et j’ai déjà des douleurs. Pas le genou mais les cuisses, les mollets. Ca va pas trop bien, j’ai pas la frite. Que se passe-t-il ? Et cela va de pire en pire. Mais que m’arrive-t-il ??? Je passe à la voiture, je fais quelques étirements. Ma femme voit bien que cela ne va pas. Elle me pose la question et je suis franc avec elle : « non, ca ne va pas, il y a quelque chose qui cloche… Donnes moi le dernier cake hyperproteïné, je vais manger ».
Ma fille laisse le vélo à mon fils. Il fait nuit. On allume la frontale. On repart avec Olivier, son grand fils et sa maman. Quelques centaines de mètres plus loin, je sens que le moteur est reparti de plus belle. La fringale. Je viens de vivre une fringale de folie. Quel con !!! Et oui, une assiette de carbonara à midi et 2 petits cakes à 16h00, ca ne nourrit pas un centbornard !!! J’appelle tout de suite ma femme partie avec ma fille acheter une frite-fricandelle pour la rassurer. Je sais que c’est ça et je suis rassuré.
Maintenant, les kilomètres vont s’enchainer jusqu’au 38ème. Olivier m’attend aux ravitos car il avance un peu plus vite que moi.. Aux ravitos, j’ai compris que les sucres-eau du début de course sont insuffisants. Je suis passé à 3 petits beurre + eau ou banane-chocolat-eau.
Je ne loupe aucun ravito. Ils sont présents tous les 3.5 kms environ. Un coucou aux bénévoles, un coup de fil à mon pote Jean luc, je profite de cette minute pour décompresser. Une minute pour manger, une minute de marche, et on repars.
38ème, je commence à avoir mal aux jambes. A chaque arrêt, j’ai froid et dès que je recours, j’ai trop de douleurs. Alors, je décide de changer de stratégie : je ne m’arrêterai plus aux ravitos, je marcherai durant 3 minutes à l’approche de chacun. Pendant ce temps là, mon fils prendra ma collation. Et il va le faire à merveille. Je lui donne les consignes, il s’arrête, prend pour nous deux et repart.
On repasse devant les voitures, début du 3ème tour. Un regard à l’intérieur. Tout le monde dort. Pas grave. Je change de tee shirt pour en mettre un sec à manche longue. Je laisse la casquette et remonte mon buff sur les oreilles. Ma femme sommeille, ma fille dort.
On repart avec mon fils, objectif marathon. En effet, maintenant, je me fixe des « petits » objectifs : le passage au marathon, la mi-course, le 60ème (plus qu’un marathon à faire), le dernier tour…
On passe le marathon, je n’ai même plus mal aux jambes. Tout du moins, pas trop. J’en fais part à mon fils. Un marathon et j’ai l’impression d’être parti il y a seulement une heure. Ca, c’est bon.
Le 50ème arrive, on est en pleine campagne, pas une lumière. On se le gueule avec Olivier, maintenant, les kilos vont descendre, il en reste moins que ce que nous avons fait.
Les kilomètres s’enchainent et Olivier est de plus en plus en avance sur moi. Je lui dis de partir, de ne plus m’attendre.
On est maintenant seul avec mon fils pour ses 8 derniers kilomètres. Moi, j’ai mal aux jambes, de plus en plus, mais je gère. Et j’ai toujours un vrai moral en béton.
On arrive au 62ème, mon fils laisse le vélo à ma femme. Lui va rejoindre le scénic, se mettre dans le sac de couchage pour dormir les 5 prochaines heures. Il est 2h30.
Je change le tee shirt par un maillot plus chaud et échange le coupe vent par la veste d’hiver.
Je donne les premières consignes à ma femme : les ravitos, ce que je souhaite manger, mon état de santé, la route, bref, on échange et les kilomètres passent. Mais j’ai de plus en plus de difficulté à reprendre la course après les périodes de marche. Ma femme a froid. Mais on continue. 65, 70…75.
Là, c’est le plus gros coup de mou de ces 100 bornes. J’ai les pieds qui râpent le sol, les foulées sont très lourdes, je tape le sol avec violence. Je n’ai plus la force de lever mes pieds. Les objectifs ne sont plus les kilomètres mais le prochain virage, le prochain croisement. Je souffre. Mais je garde le moral. Jamais, je ne vais avoir la moindre pensée d’abandon durant ces 100 bornes. Car je le sais, je vais finir. Comment, je ne sais pas mais je vais passer la ligne.
Mais là, je suis au plus mal. Je marche, j’ai des micro-sommeil, je ferme les yeux durant 1 à 2 secondes. On arrive péniblement à 2 bornes de Steenwerck. Après la traversée du village, il ne restera qu’un tour, juste un tour. Alors, je prends un tube de glucose, me focalise sur la salle des sports, sur le début de ce dernier tour. On y arrive, je vois le clocher. Puis la salle. Puis le scénic. Et là, ma femme pose le vélo et me dit : « je finis avec toi en courant !!! ».
Je ne m’arête pas, je marche. Elle me rattrape. On y va, on recommence à courir. Le jour commence à se lever. On court, on marche, on recours. Mais les jambes sont « moins lourdes », la foulée est un peu plus « légère ». Plus que 19, 18, 17… les kilomètres s’enchainent. Je m’arête de nouveau aux ravitos pour parler, pour manger, pour boire.
Le système digestif est lui aussi au plus mal. 12h00 que je mange deux-trois bricoles toutes les 20 minutes. Plus un verre d’eau. Ce doit être un vrai bordel à l’intérieur.
Le jour se lève définitivement, je coupe ma frontal. On plaisante avec ma petite femme qui enchaine elle aussi les kilomètres. Des semaines qu’elle n’a pas couru mais elle est là, à côté de moi, à m’encourager. Je suis fier d’elle.
Plus que 10 bornes. 10 bornes, c’est ma petite sortie de semaine, un rien.
95ème. Les kilomètres sont maintenant inscrits à l’unité. Avant, c’était tous les 5.
Plus que 5, 4… Ma femme marche. Moi je continue à courir…50 mètres. On marche, il est
7h15. Plus que 3, 2…j’entends derrière moi « vas-y, finis seul, ne m’attend pas ». Elle commence à souffrir.
99ème. Je m’arête car je veux vraiment finir ce dernier kilo avec elle. Mais là, le stress va s’évacuer d’un coup. Depuis 12h27, j’étais dans ma course, concentré.
Il ne reste plus que 1000 mètres et j’ai les nerfs qui lâchent. Je pleure. Je me raisonne, sèche. 500 mètres. 300 mètres.
Le téléphone sonne. Olivier m’attend avec l’appareil photo. Il a fini en 11h47. Je vois le clocher, en fait le tour. Je vois l’arrivée. Je pleure maintenant sans pouvoir m’arrêter. Je rentre dans la salle. Top chrono. 12h36. Je marche, prend ma femme dans les bras et pleure comme un gosse. Je ne peux plus marcher. Je l’ai fait. Je suis centbornard.
Merci à ma fille d’avoir fait ce premier tour qui eut un impact certain dans la suite de ma course.
Merci à mon fils pour ces 2 tours de nuit, pour avoir été discret quand j’ai eu ce premier coup de pompe
Merci à ma femme d’avoir fini avec moi, d’être restée à mon service durant ces 5 heures de course.
Merci à vous 4 (sans oublier ma petite) d’avoir supporté mes absences, mes entrainements, mon alimentation, mes nombreux et incessants récits, mes discussions solitaires…merci de m’avoir permis de vivre ce moment magnifique, mon premier 100 bornes !!!
EN PHOTO, L'ARRIVEE AVEC MA FEMME